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32  FORUM INTERNATIONAL DE LA CHIMIE 2025 > Mai 2025                                                      33




 BANQUES ET BATTERIES : LE PARI STRATÉGIQUE   La trilogie incontournable

 D’UN ACCOMPAGNEMENT STRUCTURÉ  Pour François Marchal, la réussite repose sur une

 François Marchal, DG de SGMB, décrypte les enjeux d’une   collaboration étroite entre trois acteurs  :  l’État,
            l’industrie et les banques. Chacun joue un rôle
 filière en devenir  distinct mais complémentaire. L’État, garant de la
            vision stratégique et de la stabilité réglementaire, doit
            impulser, sécuriser et coordonner. Cela passe par des
 Alors que les défis économiques mondiaux s’accumulent – inflation, tensions géopolitiques, transitions   garanties souveraines pour rassurer les investisseurs
 énergétiques –, le Maroc cultive une singularité : sa capacité à générer une croissance endogène, portée par   internationaux, des incitations fiscales ciblées –
 des réformes structurelles et une vision industrielle ambitieuse. Lors d’un récent forum dédié à l’industrie
 chimique,  François Marchal,  banquier chevronné et acteur  clé de  la finance  marocaine, a  exposé  les   comme des exonérations de TVA ou des crédits
 raisons d’un optimisme mesuré mais réel. Retour sur une analyse éclairante.  d’impôt pour la R&D –, une régulation adaptée aux
            normes environnementales et la gestion des minerais
            critiques, ainsi que le financement d’infrastructures
            clés telles que des zones industrielles dédiées ou des
            hubs logistiques.
                                                               à activer figurent les green bonds, dont le Maroc est
                                                               déjà un pionnier en Afrique grâce aux obligations
                                                               vertes émises par l’OCP. Le royaume pourrait ainsi
               Sans ce soutien public, les banques             lancer des « battery bonds » adossés à des projets
               ne pourraient pas prendre le risque de          durables. Les fonds souverains, comme le Fonds
               financer des projets aussi capitalistiques      Mohammed VI pour l’Investissement, pourraient
                                                               prendre des participations minoritaires pour attirer
                                                               des capitaux privés, tandis que les partenariats public-
                                                               privé (PPP)  seraient  essentiels pour  développer des
            Un exemple concret illustre cette synergie : le projet de   infrastructures énergétiques dédiées, telles que des
            gigafactory porté par le groupe marocain Managem   centrales solaires alimentant les gigafactories.
            et un partenaire européen bénéficie d’un prêt garanti
            à 70 % par l’État, couplé à des avantages douaniers   Un cas d’école illustre cette complexité : le montage
            sur l’importation de technologies. « Sans ce soutien   du projet Battery Valley à Ben Guerir, soutenu par
            public, les banques ne pourraient pas prendre le   l’Université Mohammed VI Polytechnique. Ce projet
            risque de financer des projets aussi capitalistiques »,   associe un prêt syndiqué de 1,2 milliard de dollars –
            souligne Marchal.                                  coordonné par Société Générale et Attijariwafa Bank
                                                               –, une subvention de l’UE pour la R&D, et un equity
            Les banques, quant à elles, naviguent entre prudence   apporté par un fonds qatari. « Ce type de montage
 Une ambition mondiale  et  innovation. «  Nous  ne sommes  pas  des venture   nécessite  une  collaboration  étroite  entre  acteurs

 Le Maroc dispose d’un potentiel considérable pour   hybrides, associant prêts bancaires, fonds souverains,   capitalists. Notre rôle est  d’accompagner,  pas de   locaux et internationaux, ainsi qu’une expertise fine
 devenir un acteur compétitif dans l’industrie des   green  bonds  et  partenariats  internationaux.  Par   prendre des paris industriels », rappelle le banquier.   en gestion des risques », explique Marchal.
 batteries,  affirme  François  Marchal.  Cette  ambition   ailleurs, le manque de compétences locales en   Pour répondre aux besoins spécifiques de la filière
 s’appuie  sur  trois  atouts  majeurs  :  des  ressources   ingénierie électrochimique et en gestion de projets   batteries, les établissements financiers développent   Le Maroc sur l’échiquier mondial
 minières critiques (cobalt, fluor, phosphate), une   complexes constitue un frein. « Nous devons former   des  outils sur  mesure  : prêts  projets indexés  sur   La course aux batteries est aussi une bataille
 position géostratégique entre l’Europe et l’Afrique, et   une génération de techniciens, d’ingénieurs et de   des  jalons  techniques  –  comme  la  validation  d’un   géopolitique. Les États-Unis, avec l’Inflation Reduction
 une volonté politique affirmée. Toutefois, l’écosystème   banquiers spécialisés. Sans cela, les projets risquent   prototype –, fonds de co-investissement avec des   Act,  et l’Europe,  via  son  Critical Raw  Materials  Act,
 reste embryonnaire. « Nous ne partons pas de zéro,   de rester dépendants de l’expertise étrangère », insiste   institutions comme la BERD ou l’AFD, et solutions de   subventionnent massivement leurs filières nationales.
 mais le chemin est long. Il faut construire une chaîne   Marchal.  couverture contre les risques de change ou la volatilité   « Le Maroc doit jouer ses atouts : stabilité politique,
 de valeur intégrée, de l’extraction des matières   des matières premières. « L’enjeu est de concilier   proximité avec l’Europe,  et accès  aux minerais
 premières à la fabrication des cellules de batteries, en   audace et rigueur. Un projet mal structuré aujourd’hui
 passant par la R&D et la formation », explique-t-il.  découragera les investisseurs demain », prévient-il.
 L’industrie  des batteries  est vorace  en capitaux   L’industrie des batteries est vorace en   Ingénierie financière
 :  une gigafactory  –  une usine  de  production de   capitaux : une gigafactory une usine de   On ne peut pas se contenter de prêts
 batteries – nécessite entre 2 et 5 milliards de dollars   production de batteries nécessite entre 2   Le financement de la filière batteries exige une rupture   senior classiques. Il faut mixer dette,
 d’investissement. Ces projets ne se financent pas   et 5 milliards de dollars d’investissement  avec les modèles traditionnels. On ne peut pas se   equity, et instruments hybrides.
 avec des crédits classiques. Ils exigent des montages   contenter de prêts senior classiques. Il faut mixer
            dette, equity, et instruments hybrides. Parmi les leviers
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