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54  FORUM INTERNATIONAL DE LA CHIMIE 2025 > Mai 2025                                                      55





            Un acteur énergétique global en soutien
 Un équilibre difficile à trouver                              Vers une souveraineté industrielle
            Amine Bouchama, Directeur du développement chez
 La compétitivité économique de l’hydrogène vert   Zniber insiste également sur la dimension partenariale   EDF Renouvelables, a partagé la vision d’un groupe   Au final, la stratégie hydrogène du Maroc vise bien
 reste le grand défi à court terme. “On observe un effet   : “Il faut construire un modèle vertueux associant   énergétique mondial sur la démarche à suivre. “Nous   plus  qu’une  simple  production  énergétique.  Elle
 ciseau entre la hausse des taux d’intérêt et la baisse du   l’État, les industriels, les institutions financières et   avons besoin d’une approche pragmatique. Il faut   ambitionne  de  fonder  une  souveraineté  industrielle
 prix des énergies fossiles”, explique Zniber. Résultat :   la recherche. C’est l’écosystème tout entier qui doit   développer des projets bancables, adossés à des   nouvelle, en intégrant localement toute la chaîne de
 de nombreux investisseurs hésitent à s’engager dans   monter en gamme.”  usages industriels concrets.”  valeur : production, transformation, logistique, usage.
 les contrats de long terme, dans l’attente d’une baisse       “L’hydrogène ne doit pas être une finalité en soi,
 future des coûts. “Or, pour que les coûts baissent, il        mais un levier pour faire émerger des écosystèmes
 faut investir massivement maintenant. Le dilemme du   Une recherche de pointe  industriels compétitifs et durables”, conclut Poirot.
 premier entrant est bien réel.”  Le  professeur  Fouad  Ghamouss,  de  l’Université
 La solution ? Miser sur les segments où un “green   Mohammed VI Polytechnique (UM6P), a mis l’accent   Le panel a clairement montré que le Maroc possède les
                                                               atouts nécessaires pour réussir ce pari : des ressources
 premium” est possible, c’est-à-dire des produits pour   sur l’importance d’une recherche appliquée au service   naturelles  abondantes,  une  vision  stratégique,  des
 lesquels les clients acceptent de payer plus pour des   des ambitions industrielles. “Le Maroc a déjà des   projets concrets, et un réseau d’acteurs mobilisés. La
 solutions  bas  carbones.  Parmi  eux  :  les  carburants   compétences fortes en électrochimie et en chimie des   route reste complexe, mais les premiers jalons sont
 synthétiques pour l’aviation (SAF), le méthanol vert,   matériaux. Mais il faut aligner les travaux académiques   posés.
 l’ammoniac ou encore l’acier bas carbone. Mais pour   avec les besoins des industriels de l’hydrogène vert.”
 y parvenir, un travail réglementaire reste nécessaire :   Son laboratoire travaille d’ailleurs sur l’optimisation
 “Le Maroc doit faire reconnaître ses molécules vertes   des catalyseurs et des membranes pour les
 comme éligibles au système ETS européen, faute de   systèmes d’électrolyse. Il souligne la nécessité d’une   EDF Renouvelables est engagé dans plusieurs projets   Les cinq conditions pour capter un
 quoi elles seront exclues des grands marchés.”  d’hydrogène vert au Maroc, en lien avec des industriels   «Green Premium»
 collaboration plus poussée entre universités et   de la chimie et de la logistique. L’entreprise mise sur
 industriels afin de raccourcir le temps entre innovation         Selon les experts du panel, pour que le Maroc
 Un positionnement stratégique  scientifique et application sur le terrain.  un modèle intégré, incluant production, transport,   puisse valoriser ses produits bas carbone
 Le Maroc dispose d’un avantage majeur : l’échelle.   “Les industriels sont parfois frileux à investir dans   transformation et exportation.  sur les marchés internationaux, notamment
 Grâce à ses vastes territoires disponibles, notamment   la R&D locale. Il faut leur montrer que la recherche   “Le  Maroc  est  stratégiquement  positionné  pour   européens, il doit viser les segments capables
 dans le sud, il peut héberger des projets géants de   marocaine  peut  être  compétitive,  pertinente  et   adresser le marché européen. Encore faut-il que la   de capter un  «green premium», c’est-à-
 production d’ammoniac ou de méthanol vert, là   génératrice de valeur.”  compétitivité économique soit au rendez-vous, ce   dire un surcoût payé pour une solution plus
 où d’autres pays, pourtant compétitifs, sont limités   qui passe par la baisse du coût du capital, la stabilité   durable. Cinq conditions-clés doivent être
 en foncier. “Nous avons déjà alloué plus de  30  000   contractuelle, et l’accès à une énergie très bas carbone.”  réunies :
 hectares à des projets d’hydrogène vert. Très peu de
 pays peuvent en dire autant”, insiste Zniber.                    1.  Pression réglementaire élevée  : Un
                                                                     cadre légal qui pousse les industries à se
 De  plus, le  pays bénéficie  d’un positionnement                   décarboner rapidement.
 géopolitique  équilibré, à  même de  rassurer les   Il faut développer des projets bancables,
 industriels. “Le Maroc peut devenir une plateforme   adossés à des usages industriels concrets.  2.  Système  de  tarification  carbone  : La
 neutre entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient”,               présence d’un marché carbone ou d’un
 avance Poirot. “C’est un atout stratégique dans un                  mécanisme de taxe CO₂ incitatif.
 monde où la sécurité d’approvisionnement devient
 aussi importante que le prix.”                                   3.  Exigences des investisseurs : Des attentes
            Accès au financement                                     claires de la part des bailleurs de fonds sur
 Une montée en compétence                                            la réduction des émissions.
            La  structuration  d’un  écosystème  hydrogène  passe
 Tous les intervenants l’ont souligné : la réussite de   aussi par l’accès au financement. Les investissements   4.  Risque de pénurie d’offre : Une
 l’hydrogène vert au Maroc passe par une montée   nécessaires sont colossaux : plusieurs milliards   anticipation de déficit sur le produit bas
 en compétence rapide. Formation d’ingénieurs,   d’euros par projet. Le Maroc devra donc compter sur   carbone ciblé.
 structuration de filières universitaires, développement   Il faut aligner les travaux académiques   une ingénierie financière innovante, associant fonds
 d’un écosystème de R&D : les chantiers sont nombreux.  avec les besoins des industriels de   publics, capitaux privés, banques de développement   5.  Impact sur l’empreinte finale : Un
 “Nous avons besoin d’électrochimistes, de spécialistes   l’hydrogène vert.  et financements verts.  effet mesurable et significatif sur le bilan
 des matériaux, de chimistes de haut niveau”, alerte   “L’Europe a mis en place un système de subventions   carbone du produit fini.
 Bendoumali. Hydrojeel a déjà noué des partenariats   massives via le Green Deal. Le Maroc, de son côté,   Produits identifiés à fort potentiel :
 avec des universités et des centres de recherche, mais   doit trouver des mécanismes équivalents, adaptés   carburant aérien durable (SAF), méthanol vert,
 un effort d’envergure nationale est requis.  à ses spécificités”, analyse Poirot. Des outils comme   ammoniac vert, acier bas carbone, aluminium
            les contrats de différence, la labellisation verte, ou les   bas carbone.
            garanties publiques peuvent jouer un rôle décisif.
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