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88 FORUM INTERNATIONAL DE LA CHIMIE 2025 > Mai 2025 89
Le Maroc face au défi : du phosphate LA ZONE INDUSTRIELLE D’ACCÉLÉRATION AL
aux terres rares JORF : NOUVEL ÉPICENTRE DE L’INDUSTRIE VERTE
Bien que dépourvu de gisements massifs de terres rares À l’heure où la géopolitique des terres rares
conventionnelles, le Maroc possède un atout unique : redessine les alliances et crée de nouveaux blocs AU MAROC
son leadership mondial dans le phosphate, dont les d’approvisionnement, le Maroc dispose d’une Un parc de 283 ha dédié aux batteries électriques, à la
résidus – appelés “phosphogypse” – contiennent carte à jouer grâce à son expertise phosphatier, ses
plusieurs dizaines d’éléments de terres rares. OCP, infrastructures modernes et son ambition industrielle. chimie de pointe et à l’électronique
en collaboration avec l’Université Mohammed VI Pour transformer son potentiel en position de force,
Polytechnique et des start-ups spécialisées, pilote il lui faudra accélérer l’industrialisation du raffinage,
des procédés hydrométallurgiques pour extraire ces sécuriser les financements, intensifier la formation À 100 km au sud de Casablanca, la future Zone industrielle d’accélération Al Jorf incarne l’ambition
du Maroc de devenir un leader africain des technologies propres. Sur 283 hectares, et grâce à un
oxydes rares à l’échelle pilote, avec un potentiel de et veiller à une transition réellement durable. Ainsi, investissement de 24 milliards de dirhams, le site accueillera des usines de batteries pour véhicules
plusieurs dizaines de milliers de tonnes par an. Si le Royaume pourrait non seulement diversifier les électriques, des unités chimiques et des ateliers minières, pour créer 4 000 emplois et dynamiser toute la
ce pari technologique aboutit à l’industrialisation sources mondiales de terres rares, mais aussi s’affirmer filière industrielle.
rentable, le Royaume pourrait devenir une source comme un acteur clé dans la chaîne de valeur des
alternative significative pour les industriels mondiaux. batteries haute performance et de la transition
Au-delà de l’extraction, le Maroc peut capitaliser sur ses énergétique.
zones industrielles (Kénitra, Al Jorf) et sur Tanger Med,
son hub portuaire, pour établir des unités de raffinage
et de chimie fine locales. Les projets de gigafactories
lancés pour les batteries lithium-ion peuvent ainsi Défis à relever et perspectives
s’enrichir de modules de traitement des terres rares
et de lignes de récupération des métaux critiques en Plusieurs défis structurants restent à
fin de vie, bouclant une véritable économie circulaire. surmonter pour intégrer pleinement la chaîne
des terres rares et des batteries :
1. Industrialisation du raffinage : Du pilote
à l’échelle industrielle, il faudra convaincre
les investisseurs de financer des usines de
séparation des oxydes et de production
de composés rares, en garantissant la
rentabilité et la sécurité juridique.
2. Formation et compétences : L’urgence
est grande pour former des ingénieurs
et techniciens en électrochimie et en
procédés hydrométallurgiques ; il convient
de généraliser les partenariats école-
industrie et les formations continues sur
site.
3. Recyclage et économie circulaire : Contexte et ambitions nationales
Structurer un réseau national de collecte Face à l’explosion du marché mondial des véhicules Le succès de cette initiative repose sur une stratégie
et de traitement des batteries usagées électriques et à la nécessité de renforcer sa bien définie : créer un pôle intégré où se côtoient
pour récupérer lithium, cobalt, nickel et souveraineté énergétique, le Maroc avait décidé de recherche-développement, production et services.
terres rares, afin de réduire la dépendance créer une zone industrielle entièrement consacrée à Les partenariats conclus avec des groupes chinois
aux importations de minerai primaire. la production de batteries. Ryad Mezzour, ministre et africains – tels que le fabricant CNGR et le fonds
de l’Industrie et du Commerce, avait précisé que les Al Mada – garantissent l’apport de technologies de
4. Conformité environnementale : trois projets pilotes, totalisant 24 milliards de dirhams, pointe et un transfert de savoir-faire industriel. En
Déployer des stations de traitement des donnaient naissance à une gigafactory, à des usines
effluents, recycler l’eau de procédés et de chimie fine et à des infrastructures de métallurgie parallèle, le gouvernement prévoit des programmes
établir des bilans carbone pour garantir le avancée. Cette concentration d’investissements de formation ciblée, en collaboration avec les écoles
respect des normes internationales (ISO publics et privés traduisait la volonté de capter une d’ingénieurs locales, pour doter la zone d’une main-
14001, directives européennes) et limiter part plus importante de la chaîne de valeur des d’œuvre qualifiée et prête à relever les défis de
l’électrochimie de haute performance.
l’empreinte écologique.
technologies propres, jusque-là importées sous forme
de produits finis.

