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108 FORUM INTERNATIONAL DE LA CHIMIE 2025 > Mai 2025 109
Une expertise scientifique structurante Une ingénierie de terrain innovante
Le professeur Mohamed Chaker Necibi, enseignant prétraitement et de test industriel. « Ce lien organique Hicham Grari, directeur des opérations chez Schiele l’eau brute permet de déterminer le type de traitement
à l’UM6P et spécialiste du traitement avancé de l’eau, entre la recherche et l’industrie nous permet de Maroc, apporte un éclairage opérationnel essentiel à la adapté, c’est une démarche profondément ancrée
vient renforcer l’analyse en mettant en lumière les développer des solutions adaptées à notre contexte, à compréhension des défis techniques du dessalement. dans la chimie ». Les eaux captées, souvent issues de
enjeux scientifiques de la chimie dans le dessalement. Il la fois efficaces, économiques et plus respectueuses de En insistant sur l’agilité requise, il explique comment son forages côtiers ou souterrains, présentent des niveaux
rappelle que les membranes sont le cœur technologique l’environnement », insiste-t-il. entreprise a su développer des stations containerisées de minéralisation variables qui orientent le choix des
de l’osmose inverse, mais qu’elles sont aussi les éléments Mais Necibi ne s’arrête pas là. Il attire l’attention sur la rapidement déployables, adaptées aux contextes membranes et des réactifs utilisés. Cette capacité à
les plus fragiles et coûteux. « Toute la préparation de gestion de la saumure, un déchet liquide très concentré d’urgence et aux zones rurales enclavées. « Ce sont personnaliser les solutions constitue un avantage
l’eau vise à les protéger, car leur durée de vie conditionne en sels, dont la valorisation pourrait devenir un axe des solutions clés en main qui permettent une mise concurrentiel certain.
la viabilité économique de l’installation », explique-t-il. stratégique. « Au Maroc, nous explorons des techniques en service rapide, là où les stations conventionnelles
Cela implique un prétraitement complexe, combinant de récupération de lithium et de magnésium, avec des nécessitent du génie civil lourd et du temps », précise- Grari insiste enfin sur l’expertise marocaine dans
coagulation, floculation, filtration, chloration, puis technologies comme l’extraction liquide-liquide par t-il. la chaîne de valeur. Le design, l’automatisation,
déchloration. l’intégration des équipements, la mise en service et la
solvant à température variable ». Cette approche vise à Dès les premières phases des projets, l’analyse chimique maintenance sont désormais maîtrisés localement. «
Cette succession de traitements est le fruit d’une transformer un coûteux résidu en ressource, participant de l’eau est incontournable. Grari insiste sur cette étape Nous assurons un haut niveau d’intégration nationale,
maîtrise fine des réactions chimiques en milieu salin. Le ainsi à la rentabilité globale du dessalement et à une cruciale : « La caractérisation physico-chimique de tout en garantissant performance et durabilité »,
professeur Necibi souligne l’importance du partenariat logique d’économie circulaire pleinement intégrée. affirme-t-il. Cette ingénierie ancrée sur le terrain
avec OCP Green Water, qui permet d’expérimenter démontre la capacité du pays à produire des solutions
en conditions réelles diverses technologies de de dessalement robustes, flexibles et compétitives.
Au Maroc, nous explorons des Le design, l’automatisation, l’intégration
techniques de récupération de lithium et des équipements, la mise en service et la
de magnésium, avec des technologies maintenance sont désormais maîtrisés
comme l’extraction liquide-liquide par localement
solvant à température variable
Une souveraineté affirmée
Un modèle énergétique intégré Mohamed Amine, PDG de la société marocaine Watec compétences marocaines, dénonçant le réflexe
Water Technologies, adopte un ton volontaire et critique. systématique de privilégier les prestataires étrangers. «
Mohamed Sebbane, ingénieur chez Acciona, partage une (PPA) adossé à un parc éolien développé à Dakhla. Pionnier du dessalement dans le Royaume depuis les
vision stratégique fondée sur l’optimisation énergétique « Cette formule nous permet d’optimiser le coût de années 1980, il retrace l’évolution des technologies Il est temps que les donneurs d’ordre reconnaissent la
des projets de dessalement. Il rappelle que l’osmose l’énergie tout en garantissant un approvisionnement membranaires, de la distillation aux premières qualité des solutions nationales », martèle-t-il.
inverse reste une technologie énergivore, même si les continu, indispensable au fonctionnement 24h/24 d’une membranes spirales importées. « Nous avons très tôt Amine se projette aussi vers l’avenir industriel :
avancées technologiques ont réduit la consommation à station de cette envergure », explique-t-il. Le recours aux compris que l’indépendance technologique passait fabrication locale de cartouches filtrantes, assemblage
environ 3 kWh par mètre cube. « Le véritable défi est énergies renouvelables y est central, tout en s’appuyant par l’appropriation des savoir-faire », affirme-t-il avec de membranes spirales, développement de stations
de combiner stabilité énergétique, coûts maîtrisés et sur une infrastructure fiable. conviction. compactes et énergétiquement sobres. « Nous devons
durabilité environnementale », souligne-t-il. structurer une filière complète, depuis la chimie de
Il évoque enfin la station du futur, qui devra selon lui Watec Water Technologies conçoit et fabrique base jusqu’à l’ingénierie de pointe », conclut-il. Pour lui,
Sebbane prend pour exemple le projet de dessalement intégrer trois volets essentiels : l’autonomie énergétique localement des unités de dessalement modulaires,
de Casablanca, destiné à devenir le plus grand d’Afrique. 100 % verte, la production sur site des produits adaptables aux contextes les plus variés. « Nous la souveraineté hydrique passe autant par la maîtrise
Ce projet innovant combine une connexion au réseau chimiques nécessaires à l’exploitation, et la valorisation avons produit des stations pour des zones reculées des ressources que par la consolidation de l’industrie
électrique national avec un contrat d’achat d’énergie de la saumure. « C’est à cette condition que nous comme Tarfaya en moins de quatre mois », précise-t- nationale du dessalement.
atteindrons un modèle pleinement durable », affirme il, soulignant la capacité d’adaptation de ses équipes.
Sebban. Il regrette toutefois que les appels d’offres Il plaide pour une plus grande confiance dans les
actuels ne valorisent pas encore suffisamment ces
critères de durabilité, pourtant cruciaux à long terme.
Nous avons produit des stations pour
Le véritable défi est de combiner stabilité des zones reculées comme Tarfaya en
énergétique, coûts maîtrisés et durabilité moins de quatre mois. Il est temps que les
environnementale donneurs d’ordre reconnaissent la qualité
des solutions nationales

