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102 FORUM INTERNATIONAL DE LA CHIMIE 2025 > Mai 2025 103
Digitalisation et fluidité logistique Des modèles inspirants
Youssef Ahouzi, directeur général de Portnet, a Il a annoncé un projet pilote avec le port de Jorf Lasfar, Abdelaziz Mantrach, président de l’APRAM et expert Même tonalité chez Abdelaziz Mantrach, qui a rappelé
rappelé que la digitalisation était un levier majeur soutenu par l’Alliance mondiale pour la facilitation en logistique maritime, a offert une perspective l’exemple inspirant de Tanger Med : « Nous avons osé
pour la performance logistique, notamment dans la du commerce, pour digitaliser la logistique chimique comparative précieuse, en s’appuyant sur son rêver au-delà des flux domestiques, et nous avons
chimie. « Nous avons digitalisé 90 % des procédures de bout en bout. « Nous visons une orchestration expérience des ports de Rotterdam et Singapour. « Pour construit un succès mondial. Faisons de même pour
portuaires. Notre plateforme intégrée connecte intelligente de la place portuaire, avec un suivi temps devenir un hub chimique mondial, il faut bâtir sur six la chimie. »
tous les acteurs de la chaîne logistique – douanes, réel, des tableaux de bord et une aide à la décision piliers : sécurité, logistique intégrée, digitalisation, Avec 8,5 millions de tonnes de produits chimiques
opérateurs, ports – et permet d’automatiser les pour améliorer la compétitivité globale », a-t-il ajouté. engagement environnemental, modèle économique traitées chaque année dans ses ports, des projets
formalités, tracer les cargaisons sensibles et réduire En parallèle, Portnet teste des technologies incitatif, et gouvernance partenariale », a-t-il résumé. structurants comme le gazoduc Nigeria-Maroc ou
les délais d’escale. Elle garantit aussi la traçabilité et Il a salué les efforts du Maroc en matière de sécurité encore la plateforme «Future is Mine» portée par
la conformité pour les produits chimiques sensibles », disruptives : capteurs IoT pour sécuriser les flux portuaire et de normes environnementales, tout l’OCP, le Maroc dispose des atouts nécessaires pour
dangereux et blockchain pour certifier leur traçabilité.
a-t-il détaillé. en soulignant la nécessité de développer des rivaliser avec les géants comme Anvers ou Rotterdam.
Des partenariats avec l’IPCSA (International Port
Community Systems Association) permettent, quant à infrastructures spécialisées (pipelines, cuves, terminaux Mais au-delà des chiffres, c’est une nouvelle vision du
eux, de synchroniser les données avec les standards dédiés) et une stratégie de co-investissement État- secteur portuaire qui se dessine. Comme l’a résumé
internationaux. privé. « À Botlek, 40 pipelines relient les usines au Meryem Bortali : « Le port n’est plus un simple
terminal. À Singapour, des zones industrielles ont été gestionnaire d’infrastructures. Il devient un partenaire
pensées avec les ports. Le Maroc doit s’inspirer de ces stratégique, un catalyseur de croissance pour l’industrie
modèles », a-t-il affirmé. chimique marocaine. »
Nous visons une orchestration intelligente Mantrach a également plaidé pour une montée La feuille de route est claire : intégration industrielle,
de la place portuaire, avec un suivi temps en compétences des métiers logistiques. « Les innovation logistique et digitale, transition écologique,
consignataires ne sont plus de simples agents
réel, des tableaux de bord et une aide à administratifs. Ils sont désormais les chefs d’orchestre et surtout, concertation active entre tous les maillons
la décision pour améliorer la compétitivité d’une logistique chimique sûre, traçable et connectée. » de la chaîne de valeur. À l’intersection entre ambition
globale industrielle et souveraineté logistique, les ports
Vers un hub chimique de rang mondial marocains sont appelés à devenir les artères vitales de
la chimie du futur.
En conclusion, ce panel a fait émerger un consensus
fort autour d’un objectif partagé : faire du Maroc
une plateforme portuaire intégrée au service de la
Mohammedia : la reconversion chimie mondiale. Les ingrédients sont là : position Les leviers d’un hub portuaire au
Rachid Abinouh, directeur du port de Mohammedia, a Abinouh a salué l’agilité du secteur portuaire géographique stratégique, réseau portuaire dense, service de la chimie
retracé l’histoire centenaire de ce port historiquement marocain face aux mutations rapides : « Les ruptures savoir-faire logistique éprouvé, ambition industrielle
pétrolier. Aujourd’hui, la réflexion est en cours pour technologiques sont fréquentes. Le rôle d’un port, affirmée et soutien institutionnel croissant. • L’intégration logistique entre ports,
industriels et zones de production pour
reconvertir une partie de ses installations vers les c’est de concilier les attentes de l’industriel et du « La question n’est plus de savoir si nous pouvons fluidifier les flux et capter la valeur.
nouveaux usages de la chimie et de l’énergie. « Nous logisticien, tout en intégrant l’environnement comme devenir un hub régional ou mondial. La question est
avons des capacités en vrac liquide et gazeux sous- levier de compétitivité. » de savoir comment y parvenir vite, bien, et ensemble », • La transition énergétique, avec des
utilisées. Il faut s’adapter rapidement aux besoins a souligné Meryem Bortali, insistant sur la nécessité infrastructures adaptées à l’hydrogène vert,
émergents : GNL, hydrogène, méthanol… Avec le Le port mise sur la digitalisation pour optimiser d’accélérer la coordination entre acteurs. Car si les au méthanol ou à l’ammoniac bas carbone.
futur gazoduc Nigeria-Maroc et les cavités salines les coûts logistiques et réduire les émissions. Déjà fondations sont solides, des défis majeurs subsistent.
alimenté à 100 % en énergie verte, il anticipe les
de stockage, Mohammedia sera un maillon essentiel Rachid Abinouh a alerté sur les risques de saturation • La digitalisation avancée pour automatiser,
pour l’énergie décarbonée », a-t-il affirmé. besoins en mobilité durable, notamment pour les des infrastructures, notamment à Jorf Lasfar, appelant tracer et sécuriser les opérations liées aux
navires propulsés à l’hydrogène ou au méthanol. matières sensibles.
Il a également insisté sur le rôle du port comme à « plus d’agilité opérationnelle et à une meilleure
régulateur stratégique. « Mohammedia pourrait anticipation des ruptures technologiques, comme • L’innovation industrielle, en lien avec les
devenir une base arrière, un port relais, voire une zone celles liées à l’hydrogène vert. » besoins émergents des filières batteries,
de cabotage pour la potasse ou les intrants nécessaires Pour transformer cette ambition en réalité, plusieurs engrais ou matériaux avancés.
aux batteries. » intervenants ont proposé la création d’une commission
mixte réunissant industriels, logisticiens, autorités • La gouvernance collaborative, à travers
portuaires et institutions financières. L’objectif : définir la création d’une commission réunissant
une feuille de route commune, harmoniser les normes, institutions, opérateurs portuaires et
Avec le futur gazoduc Nigeria-Maroc et les mutualiser les infrastructures et créer les conditions industriels.
cavités salines de stockage, Mohammedia d’une attractivité durable pour les investisseurs.
sera un maillon essentiel pour l’énergie Mohamed Benchekroun a résumé avec force cette • L’agilité territoriale, via la reconversion de
sites existants comme Mohammedia et
décarbonée volonté partagée : « La question n’est plus de savoir l’aménagement de nouveaux hubs dédiés.
si nous deviendrons un hub chimique mondial, mais
comment y parvenir plus vite, plus loin, et ensemble. »

