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114 FORUM INTERNATIONAL DE LA CHIMIE 2025 > Mai 2025 115
La vision d’un pionnier mondial Un continuum formation recherche industrie
Le professeur Rachid Yazami, fondateur de KVI Holdings Hassan Qjidaa, vice-président de l’Université Privée de
et inventeur du concept d’anode graphite pour les Fès en charge de la recherche et du développement,
batteries lithium-ion, est intervenu en tant qu’expert a appelé à instaurer une continuité entre la formation,
international. D’emblée, il rappelle l’importance la recherche scientifique et les besoins du tissu
de placer l’innovation au cœur du développement industriel. « La séparation entre monde académique
économique. « Un pays sans science avancée est un et monde économique est l’un des freins majeurs à
pays dépendant », affirme-t-il. Son parcours personnel l’émergence d’une industrie chimique innovante au
– de Fès à Singapour, en passant par Caltech et le Maroc », déclare-t-il. Il défend une vision intégrée où
CNRS – témoigne du potentiel des talents marocains les étudiants deviennent co-acteurs de l’innovation,
lorsqu’ils bénéficient de l’environnement adéquat. dès leur parcours universitaire.
Il déplore cependant l’absence d’un cadre incitatif à la Qjidaa insiste sur la nécessité d’introduire très tôt les
recherche industrielle au Maroc : « Je n’ai jamais reçu universités. Il plaide pour un changement de culture problématiques industrielles dans les programmes mais aussi une culture de l’innovation orientée
d’appel d’un industriel marocain pour me proposer et un décloisonnement : « La science doit sortir du d’enseignement. « Nos étudiants travaillent dès la terrain. Il souligne par ailleurs l’importance des
de collaborer sur une solution chimique innovante ». laboratoire et entrer dans l’usine, et inversement. » licence sur des projets industriels réels, en lien avec travaux de recherche appliquée menés en partenariat
Yazami insiste sur le fait que les chercheurs marocains, Le chercheur propose également de bâtir des centres des entreprises partenaires », explique-t-il. Cette avec l’industrie, notamment dans la valorisation des
au pays ou à l’étranger, doivent être sollicités d’innovation inspirés du modèle de Singapour, mêlant immersion favorise non seulement l’employabilité, déchets, les procédés verts et la formulation chimique.
par les industriels nationaux, pas seulement les entreprises, chercheurs et étudiants dans un même Enfin, il invite à s’inspirer de modèles internationaux
lieu. « Nous devons créer des écosystèmes vivants, tout en construisant un référentiel marocain. « Nous
pas des institutions cloisonnées », explique-t-il. Pour devons inventer notre propre modèle d’innovation,
lui, le Maroc peut devenir un hub d’innovation dans Nous devons inventer notre propre modèle ancré dans nos réalités, mais ouvert sur le monde
La science doit sortir du laboratoire et les matériaux, l’électrochimie, la chimie verte – mais à d’innovation, ancré dans nos réalités, mais », conclut-il. Pour lui, la jeunesse marocaine est un
entrer dans l’usine, et inversement condition de revoir sa gouvernance scientifique et de ouvert sur le monde gisement d’innovation, à condition de lui fournir les
favoriser les synergies public-privé. outils, les financements et la confiance nécessaires.
Universités & réindustrialisation
Une conclusion tournée vers l’action Recherche, innovation et talents en chimie
Mohamed Laabi Kerkeb, président de l’Université ses besoins et bâtir ensemble les solutions. » Il cite
Ibn Tofail de Kénitra, a apporté le regard d’un plusieurs exemples de collaborations réussies avec En clôture, Abderrahmane Zaghrary a salué la 5 leviers pour un écosystème performant
acteur académique profondément impliqué dans le secteur privé, notamment dans les technologies clarté des diagnostics posés par les intervenants 1. Recherche appliquée : Orienter les
le développement territorial. Pour lui, la recherche propres et le traitement de l’eau. Toutefois, il reconnaît et la convergence des visions. « Il y a une volonté laboratoires vers les priorités nationales : eau,
appliquée et l’innovation doivent répondre à des que les dispositifs de financement de la recherche commune d’agir, de décloisonner, de créer un énergie, matériaux, valorisation des déchets.
besoins concrets, ancrés dans le tissu économique restent insuffisants, et appelle à un fonds national écosystème cohérent entre recherche, innovation et
régional. « Nous avons structuré nos laboratoires dédié à la recherche industrielle. industrie », a-t-il affirmé. Il appelle à la mise en œuvre 2. Universités ancrées dans le territoire :
Développer les formations orientées industrie,
autour des axes prioritaires du pays : eau, énergie, Kerkeb plaide également pour une refonte de la rapide de dispositifs de financement, de plateformes les incubateurs et les partenariats entreprises-
agriculture, matériaux », précise-t-il. formation. « Il faut décloisonner les cursus, développer collaboratives et de structures mixtes rassemblant universités.
entreprises, chercheurs et étudiants.
Il souligne que l’université ne peut rester un acteur passif l’interdisciplinarité et intégrer les soft skills comme 3. Synergies public-privé : Créer des plateformes
: « Nous devons aller vers l’entreprise, comprendre l’entrepreneuriat ou la gestion de projet », explique- Tous les panélistes ont insisté sur la nécessité de créer mixtes réunissant industriels, chercheurs et
t-il. Son université a mis en place des incubateurs, une chaîne de valeur intégrée de la connaissance, allant étudiants autour de projets concrets.
des partenariats avec des start-ups et un programme de la formation au prototype, de l’idée au marché. Ils
doctoral professionnel orienté industrie. Il conclut : « ont également plaidé pour un changement de culture 4. Talents marocains du monde : Mobiliser la
L’université de demain ne doit pas seulement former dans les relations entre université et industrie, en diaspora scientifique et reconnecter les experts
des diplômés, mais des acteurs de l’innovation. » misant sur la confiance mutuelle, l’écoute et la co- internationaux à l’écosystème national.
construction. « La souveraineté industrielle passera 5. Gouvernance et financement : Instaurer
par l’investissement dans les cerveaux », a résumé un fonds dédié à la recherche industrielle
Rachid Yazami. Une conviction largement partagée et bâtir une gouvernance intersectorielle de
Nous devons aller vers l’entreprise, dans ce panel où science, industrie et jeunesse ont été l’innovation.
comprendre ses besoins et bâtir ensemble placées au cœur de l’avenir chimique du Maroc. « La souveraineté industrielle passera par
les solutions. l’investissement dans les cerveaux. »
Pr. Rachid Yazami

