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46 FORUM INTERNATIONAL DE LA CHIMIE 2025 > Mai 2025 47
PANEL 1
BATTERIES : LE MAROC TRACE SA ROUTE VERS LA Un moment fondateur
SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE Mohamed Bachiri, CEO de Renault Group Maroc,
a ouvert les discussions en revenant sur le succès
Un secteur émergent, des ambitions affirmées et une de l’écosystème automobile marocain : « En 2005,
Renault produisait 15 000 véhicules par an au Maroc.
mobilisation inédite de l’écosystème industriel pour En 2023, nous avons dépassé les 413 000 unités. Ce
développement s’est appuyé sur un partenariat public-
structurer une filière batterie performante et intégrée privé efficace, un tissu d’équipementiers solides, et
une stratégie d’intégration progressive. »
Cette expérience constitue, selon lui, une boussole
À l’intersection de la transition énergétique, de la souveraineté industrielle et de l’innovation technologique,
le Maroc multiplie les initiatives pour ériger une filière compétitive de batteries à haute performance. Le pour la filière batterie. Le groupe a atteint un taux
premier panel du Forum international de la Chimie a donné la parole à six figures majeures du secteur, venues d’intégration locale de 65 % en 2022, avec pour dans les batteries, en mobilisant les mêmes leviers :
partager leurs visions, réalisations et engagements pour faire du Royaume un acteur clé de cette révolution objectif 80 % d’ici 2030. « Ce que nous avons réussi industrialisation locale, montée en compétence, et
énergétique. à faire dans l’automobile, nous pouvons le reproduire ancrage territorial. »
Bachiri souligne aussi les enjeux technologiques :
« Il ne suffit pas de produire des batteries. Il faut
maîtriser leur conception, leur test, leur recyclage.
La batterie n’est pas un simple » Renault mise ainsi sur la technologie NMC pour
composant, c’est un levier stratégique les véhicules à grande autonomie, la LFP pour des
pour démocratiser la mobilité électrique. batteries plus accessibles, et introduira bientôt une
nouvelle génération de batteries «cell-to-pack» plus
performantes.
GOTION, un changement d’échelle
La concrétisation de cette ambition passe par des GWh et générera 10 000 emplois. Surtout, GOTION
investissements massifs. GOTION Power Morocco, vise une intégration locale de 70 % dès la première
filiale du géant sino-européen GOTION High Tech, phase. « Nos vrais concurrents ne sont pas ici. Ils sont
incarne cette bascule industrielle. À la tête du projet, en Chine, avec des coûts très bas et des taxes d’entrée
Khalid Qalam affirme : « Nous construisons ici la en Europe faibles. Pour rester compétitifs, nous devons
première Giga Factory de batteries de la région, avec produire au Maroc des batteries de haute qualité à des
un investissement initial de 5,6 milliards de dollars. » coûts maîtrisés. »
Un moment fondateur La première phase, d’une capacité de 20 GWh, sera Qalam insiste aussi sur la double orientation de l’usine
L’industrie des batteries ne relève plus de la seule opérationnelle en 2026. À terme, l’usine produira 100 : « D’un côté, nous ciblerons l’automobile, notamment
innovation technologique : elle constitue désormais via Renault et Stellantis. De l’autre, nous visons le
un enjeu de souveraineté stratégique. Alors que marché du stockage d’énergie, notamment en Afrique
l’Europe vise l’interdiction du thermique d’ici 2035, et et au Moyen-Orient. En 2023, deux tiers de notre
que le stockage de l’énergie devient central à l’essor chiffre d’affaires mondial venaient du stockage. »
des renouvelables, le Maroc a décidé de prendre part
à cette course mondiale. Le premier panel du Forum
de la Chimie a offert une tribune inédite aux acteurs
du secteur, réunissant pour la première fois les piliers En lançant la Giga Factory, nous voulons
de cette filière au Maroc. produire des batteries compétitives,
intégrées, et tournées vers les marchés
Pour Gabriel Constantin, directeur général d’Air
Liquide Maroc et modérateur du panel, ce moment stratégique majeur. Car la filière batterie ne concerne africains et européens.
est historique : « C’est probablement la première fois pas uniquement la mobilité électrique : elle est le
que l’ensemble de l’écosystème batterie au Maroc socle d’une économie bas-carbone, d’un renforcement
est réuni autour d’une même table. » Un symbole de l’autonomie énergétique, et d’un nouveau pacte
fort, reflet d’un alignement public-privé sur un enjeu industriel.

