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48 FORUM INTERNATIONAL DE LA CHIMIE 2025 > Mai 2025 49
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COBCO : la pierre angulaire BTR : la force de frappe Innovx : l’ambition d’un modèle intégré Un marché double
des matériaux actifs Le géant chinois BTR, numéro un mondial des Innovx, bras industriel de l’Université Mohammed VI Les panélistes s’accordent sur deux débouchés majeurs
En amont de la chaîne, COBCO joue un rôle essentiel matériaux pour batteries, mise aussi sur le Maroc. Polytechnique (UM6P), complète l’écosystème avec : la mobilité électrique, dont l’essor est tributaire d’une
dans la fabrication des matériaux actifs des batteries. Son CEO, Peter Yang, a souligné : « Nous avons choisi une stratégie d’intégration verticale. Hicham Slaoui, baisse des coûts, et le stockage stationnaire, en pleine
Fruit d’une joint-venture entre Almada et CNGR Tanger Tech pour sa logistique, son accès à l’énergie CEO de MERA Batteries, l’une des filiales, affirme : explosion. « D’ici 2035, l’Europe interdira la vente de
(leader mondial des précurseurs), l’entreprise est verte et le soutien des autorités marocaines. » Deux « Notre vision est claire : industrialiser la recherche véhicules thermiques. Le Maroc doit être prêt à fournir
spécialisée dans les précurseurs NCM, les matériaux projets sont en cours, pour un investissement de 50 marocaine, développer des technologies propriétaires, des batteries abordables et durables », avertit Qalam.
LFP et le recyclage de «black mass». millions de dollars, une capacité de 60 000 tonnes et et participer à l’émergence d’un champion national. » Le stockage représente déjà une part importante de
la création de 2 500 emplois.
« Nous sommes engagés dans la production de l’activité de GOTION. Il offre des perspectives uniques
batteries LFP, LMFP et NCM. Et notre chaîne de valeur pour le Maroc, fort de ses 300 jours d’ensoleillement
va de la matière première au pack final », souligne par an. « Le résidentiel, l’industrie, et les grands projets
Slaoui. L’objectif est de créer une offre compétitive, d’énergie verte auront tous besoin de stockage. C’est
La compétence locale est notre priorité : mais aussi durable. « Le Maroc ne doit pas être un un marché en croissance exponentielle. »
nous avons prévu une stratégie en trois simple atelier. Il peut devenir un laboratoire industriel Le Maroc n’est plus un simple suiveur. À travers des
phases pour la formation, le transfert et technologique de référence. » projets structurants, des partenariats stratégiques et
technologique et l’innovation locale. une volonté politique affirmée, il s’impose comme un
futur hub de la batterie durable. L’écosystème se met
en place, les premiers jalons industriels sont là, et la
dynamique collective est en marche.
BTR, qui fournit déjà BYD, Tesla ou CATL, détient plus
de 500 brevets et investit massivement en R&D. « Les « Ce que nous voyons aujourd’hui, ce ne sont plus des
matériaux représentent jusqu’à 60 % du coût d’une ambitions, mais des réalisations », a conclu Gabriel
batterie. En nous implantant ici, nous rapprochons la Constantin. Une page industrielle est en train de
matière du marché européen, tout en optimisant les s’écrire, et elle s’écrira au lithium, au phosphate… et à
coûts », résume Yang. l’intelligence collective.
Il pointe aussi la nécessité d’investir dans la formation :
«L’Europe elle-même manque d’ingénieurs
électrochimistes. Nous souhaitons co-développer Les piliers du futur écosystème batterie
« Nous avons lancé notre première ligne de production des programmes de R&D et de formation avec les
en janvier 2024. Les premières livraisons aux clients universités marocaines. » marocain
sont en cours. Nous avons déjà signé un contrat avec 1. Une production locale intégrée : GOTION
Umicore pour fournir des précurseurs NCM à partir de Power Morocco atteindra 70 % d’intégration
2026 », explique Zineb Zeryouhi, directrice générale locale dès la première phase, produisant
adjointe. Selon elle, « le Maroc peut devenir un cathodes, anodes, modules et packs.
fournisseur stratégique pour l’Europe, à condition de Défis à relever
consolider une filière cohérente et circulaire. » Malgré les avancées, plusieurs défis subsistent. 2. Une approche durable : Grâce à un mix
COBCO prévoit une capacité totale équivalente à 70 Mohamed Bachiri en identifie trois : « La technologie, énergétique bas carbone et à une stratégie
GWh, soit de quoi alimenter un million de véhicules l’intégration en profondeur, et les compétences de recyclage (ex. COPCO), le Maroc valorise la
électriques. Son positionnement sur le raffinage local humaines. Il faut absolument ancrer localement le durabilité de sa filière.
et le recyclage à grande échelle en fait un pilier de la savoir-faire industriel. » Il plaide pour la duplication 3. Formation et R&D locales : Des efforts
verticalisation. du modèle IMTIA dans la filière batterie : « Nous avons structurés émergent pour former ingénieurs
formé 3 millions d’heures dans l’automobile. Il faut
reproduire cet effort pour les batteries. » et techniciens en électrochimie, électronique,
logiciels embarqués et supply chain.
Même son de cloche chez Peter Yang : « Les
Le Maroc peut devenir une alternative compétences électrochimiques ne sont pas une 4. Un effet d’entraînement : De nombreux
stratégique pour l’Europe. évidence. Il faut développer des partenariats projets annoncés ou en cours (TINCY, Innovx,
La verticalisation est déjà en marche. académiques et industriels pour combler le manque. » BTR, COPCO) annoncent une croissance rapide
de l’écosystème.

